[ANALYSE] Opposition togolaise : vers un changement de paradigme ?


Opposition togolaise : vers un changement de paradigme

Le vent est-il en train de changer de trajectoire au sein de l’opposition politique togolaise ? C’est en tout cas ce que peut laisser croire les postures et propos de ces derniers moments. Un peu d’eau dans le vin ne ferait de mal à personne. N’en déplaise aux réfractaires à la politique autrement.

Les dernières prises de position au sein de l’opposition politique togolaise font croire que certains leaders veulent changer de fusil d’épaule. Ce qui serait salutaire tant le rapport de force n’a rien d’équitable. Pour avoir ce qu’on n’a jamais eu, il faut faire ce qu’on n’a jamais fait, dit-on. Mais cette maxime passe toujours mal dans certains milieux, attachés à répéter les mêmes gestes pour avoir les mêmes résultats.

Participation de l’opposition togolaise aux dialogues

L’image marquante que reflètent les élections législatives de 2018 est le changement du visage de l’Assemblée Nationale. Il s’y est opéré un ménage général avec le remplacement systématique des partis légendaires d’opposition. Ces partis qui s’étaient engagés quelques mois plus tôt dans des mouvements qui ont bouleversé le pays, n’ont pas pu tirer leur épingle du jeu.

Laissant les Togolais sur leur soif, ils n’ont pas réussi à capitaliser sur les mouvements des populations pour avoir des acquis pérennes. Il était temps de tirer des leçons des erreurs stratégiques pour se repositionner. Surtout que les élections présidentielles sont venues creuser le fossé entre eux et le parti au pouvoir.

Le jeu politique étant une question de rapport de forces, il faut savoir reconnaitre quand celui-ci n’est pas en votre faveur. Et c’est à ce jeu que semble jouer Antoine Folly, le délégué général de l’Union des démocrates socialistes (UDS-Togo). En effet l’ex lieutenant de la C14 affirmait tout récemment ceci : « ce que nous n’avons pas pu obtenir par la rue, nous pouvons l’avoir par la négociation ». Pour lui, le dialogue est incontournable aujourd’hui pour obtenir l’alternance au Togo.

Il était temps, pourra-t-on dire. Même les belligérants d’un conflit finissent par regagner la table de négociation. Surtout, pour le cas de l’opposition politique togolaise qui a pratiquement perdu ses repères. Continuer par avancer, tête baissée, en faisant mine de ne rien voir, ne fera que le jeu du parti au pouvoir. L’opposant fustige également l’action solitaire des partis politiques de l’opposition.

Cette posture n’est pas différente de celle d’un autre leader de l’opposition politique togolaise, et pas des moindres. Il s’agit de l’ancien chef de l’opposition, Jean-Pierre Fabre de l’ANC. Ce dernier prend part, pour le compte de son parti, depuis décembre 2020 au cadre de dialogue ouvert par le ministre Boukpessi, pour trouver un consensus dans l’optique des prochaines joutes électorales. La politique de la chaise vide ne devrait plus être de mise même si les conditions de dialogue ne sont pas des meilleures.

Ceci pourrait être un moyen, parmi tant d’autres, de reconquérir les cœurs des sympathisants, lassés par tant d’années de déception.

Reconquérir du terrain

Il est vrai que discuter est nécessaire si on veut aller de l’avant. Mais il n’est pas aussi faux que, dans un cadre politique, conserver sa base électorale est primordiale, si tant l’objectif est de réaliser l’alternance. Et sur cette base, l’opposition politique togolaise a perdu sa confiance. En témoigne les scores aux dernières élections présidentielles.

D’aucuns diront que les sympathisants de l’opposition ne se sont pas fait recenser. Mais il faut reconnaitre que le gouvernement a ouvert la voie pour permettre l’enrôlement des premiers indécis. Même s’il y a beaucoup de choses à redire sur ces processus, cela ne saurait justifier les scores calamiteux de l’opposition togolaise. Cet électorat est un peu dépité par l’inconstance et les guerres de tranchés qui ont caractérisé les alliances nées dans l’opposition. Et ce sont les populations qui en ont plus payé les frais.

Il serait vraiment temps de redonner confiance à cet électorat en allant vers lui. Et ceci passe par des actions de terrain sur toute l’étendue du territoire. On pourra reprocher ce qu’on voudra au parti au pouvoir, mais il faut reconnaitre qu’il est bien présent sur le terrain, toujours en contact des populations. En ayant à l’esprit que le Togo ne se limite pas à Lomé, il faut regagner l’électorat en misant sur les contacts avec les populations.

Comme on peut le constater, certains leaders de l’opposition politique togolaise commencent par montrer des signes de changement de paradigme. Mais tel n’est pas le cas de tous. Les anciennes méthodes infructueuses ont de beaux jours devant eux dans certaines officines politiques.

L’ambivalence de l’opposition politique togolaise

Même si des appels à des choix différents se font entendre au sein de l’opposition politique togolaise, il n’en demeure pas moins, qu’une bonne partie de cette opposition marque sa volonté de continuer par appliquer les vieilles recettes.

Déjà au dialogue initié par le gouvernement il y a quelque mois, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) a suspendu sa participation. Il attend la satisfaction, entre autres, de sa demande de levée des poursuites à l’encontre de Agbeyomé Kodjo. Ce dernier, continue de se proclamer « président élu ». Il a fait même récemment parler de lui en affichant sa volonté de coopérer avec le président béninois Patrice Talon, élu pour un nouveau mandat.
Sa formation politique, le Mouvement Patriotique pour la Démocratie et le Développement (MPDD) est absente des discussions. De même que la Dynamique Mgr Kpodzro (DMK) et la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) de Brigitte Adjamagbo Johnson.

Le Parti des Togolais n’est pas du reste. En effet, son leader Nathanel Olympio a affirmé tout récemment : « nous n’avons pas été créés pour conquérir le pouvoir. Nous avons été créés pour participer à la création d’un espace démocratique ». Il exclut toute participation à une élection qu’il estime, jouée d’avance. Cette position, un peu ambiguë, peut quand même laisser croire à une volonté de faire les choses autrement.

S’il n’est pas permis de douter de la volonté de tous ces leaders politiques éclairés d’amener le Togo vers des lendemains meilleurs, il ne reste qu’à émettre le vœu de les voir faire une rétrospective. Mais aussi une introspection, pour tirer des leçons utiles des erreurs passées. Erreurs, parce que les choix passés n’ont pas donné les résultats escomptés.

Les lendemains meilleurs que tous souhaitent pour le pays va dépendre des choix que tous feront, aussi bien au niveau des partis de l’opposition politique togolaise que du pouvoir. Cependant, le pouvoir ne se donne pas sur un plateau, il se conquiert par diverses méthodes orthodoxes.

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