[Analyse politique] Sommet Afrique-France 2021 : Formulation abusive ou souverainisme assumé, qu’est-ce qui dérange fondamentalement ?


Sommet Afrique-France 2021 : Formulation abusive ou souverainisme assumé, qu’est-ce qui dérange fondamentalement ?

Pour l’histoire, on retiendra que du 7 au 9 octobre à Montpellier, il s’est déroulé sous un format nouveau, un sommet Afrique-France 2021. Tourné vers des acteurs nouveaux, notamment, la jeunesse africaine, l’un des enjeux était d’offrir à ces jeunes du continent, un espace d’échange autour des thématiques de l’heure, dans la perspective d’un renouveau au cœur des relations entre l’Afrique et la France. On a vu une jeunesse mise à l’honneur, et à proportion, on a entendu une frange de l’opinion politique Africaine fustiger la terminologie officielle consacrée à cet évènement : Nouveau sommet Afrique-France 2021. Qu’est-ce qui dérange fondamentalement ?

Formule émérite, le « sommet » est en priorité un évènement diplomatique. Par définition, le mot en lui seul est assez révélateur. « Le degré le plus élevé » dit-on. Pour les puristes en relations internationales, les sommets représentent un mode normal de relation entre les chefs d’Etat qui, à ces occasions, coordonnent leurs stratégies pour former un tout harmonieux. Même si bien des fois, ils peuvent apparaître comme la consécration de la puissance de certains Etats qui imposent leur vision des relations internationales, sur le plan normatif, ils ont été à l’origine de l’adoption de nombreuses conventions internationales.

C’est vrai et il faut reconnaître qu’aujourd’hui, il y a un décollement du consentement de l’opinion publique, fruit de la mondialisation. Mais par-delà ce qu’il faut saluer, c’est le courage que Macron a eu à faire face à ces jeunes qui représentent la société civile et dont le caractère commun est de dire tout haut ce que certains pensent tout bas, surtout en ce qui concerne le continent africain. Mais que peut bien cacher ce nouveau sommet Afrique-France 2021 ?

Sommet Afrique-France 2021, « Celui qui dominera l’Afrique, dominera le monde !»

Derrière cette nouvelle posture du sommet Afrique-France 2021, il y a ceci de particulier. « La population africaine est majoritairement jeune et à partir de cet instant, l’Afrique représentera d’ici à 2035, l’alternative de croissance pour le monde ». Alors, lorsque Macron convie la jeunesse africaine à ce qui lui a plu d’appeler Sommet Afrique-France 2021, c’est parce qu’il sait que les relations entre la France et le continent africain sont au plus mal et que peut-être à l’issue des révélations de cette jeunesse de « souche africaine de France », il parviendra à mieux orienter sa politique française en Afrique ; cette Afrique qui de plus en plus, se retire de ce que l’on a communément appelé « la France-Afrique ».

Le président Macron est donc véritablement en train de jouer le rôle qui est le sien dans la perspective des intérêts de son pays, la France. Le message est clair. Si donc les Africains ou les dirigeants des pays africains, ne savent pas ce que vaut la jeunesse dans les orientations stratégiques de gouvernance à l’horizon 2035, Macron lui, sait ce que lui vaudra cette jeunesse africaine de France, élites du continent de demain.

Et donc, l’emphase dans les discours tenus par cette jeunesse africaine de France à l’occasion de ce 28e sommet, et qui, en certains Africains du continent, semble avoir trouvé une bonne réputation, ne s’inscrit fondamentalement que dans une perspective « Macroniste » !

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Souverainisme comme solution politique pour Emmanuel Macron

Contre le versant obsessionnellement impérialiste de la France, il faut être moins avisé pour croire que les émotions et la fierté d’une prise de parole, suffiront à offrir le meilleur dividende au continent africain. C’est donc dire que ce sommet Afrique-France 2021 incarne avant tout, l’intérêt français et non celui des Africains. Allez donc comprendre le cadre de ce sommet qui n’aura eu pour seule instance décisionnelle qu’Emmanuel Macron, président de France.

La géostratégie rythme les relations internationales et ça, le président français le sait très bien. Il sait également que l’émergence d’autres compétiteurs en Afrique, notamment la Russie, la Chine, la Turquie, … compromet la toute-puissance que la France avait à l’époque sur le continent africain.

Richard G. BITENIWOE
Richard G. BITENIWOE

Dans la même mesure, il est au fait qu’en Afrique, notamment dans les 14 pays d’Afrique Francophone, la France est en train de perdre pied et que lui Macron, sa condescendance commence par rendre aigu, le sentiment anti-français en Algérie, au Tchad, au Mali, en République centrafricaine, etc. Par conséquent, le nouveau sommet Afrique-France 2021 se présentait comme une excellente opportunité pour se donner une nouvelle image.

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Perspective d’une amitié orientée vers l’avenir

Tenant donc compte des marqueurs d’émergence du continent africain dans la perspective d’un décollage économique d’ici à 2050, Macron sait qu’il n’y aura pas de France sans l’Afrique et donc sans la jeunesse africaine, élites de demain. La course vers l’amitié « France-Jeunesse Africaine » est ainsi lancée. Un jeu de charme qui ne dit pas son nom.

Dans un contexte de résistance face à la diplomatie paternaliste, enfarinée au manque d’écoute ressenti par cette jeunesse africaine de la part des chefs d’Etat africains, il y a de quoi saisir l’opportunité d’un pseudo sommet pour présenter l’image d’un Macron épris d’amour pour une collaboration désormais d’égal à égal avec le contient.

Mais, dès lors que la France est libre, libre au président Macron de mener sa politique et sa diplomatie comme il veut et surtout de libeller son cadre de concertation avec la jeunesse africaine de France comme il le souhaite. Même s’il faut reconnaître qu’il lui aurait été plus profitable, de ne point donner l’impression d’une politique de mépris vis-à-vis des chefs d’Etat Africain en les conviant à ce cadre de dialogue, l’histoire retiendra pour les étudiants en diplomatie internationale, qu’il eut du 7 au 9 octobre 2021, à Montpellier en France, un sommet Afrique-France 2021 avec comme seul chef d’Etat, Emanuel Macron, président de la République française.

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Par Richard G. BITENIWOE, un citoyen du continent Africain.

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