Mali : ambiguïté sur la notion du retour ou du respect de l’ordre constitutionnel


Mali : ambiguïté sur la notion du retour ou du respect de l’ordre constitutionnel

48 heures après son renversement du pouvoir par la junte militaire (un coup dur qui a perturbé l’ordre constitutionnel), les chefs d’Etat et de gouvernement de la Cédéao ont demandé, jeudi 20 août, le rétablissement d’Ibrahim Boubacar Kéita dans ses fonctions de président de la République du Mali.

La décision a été prise lors de la dernière session extraordinaire en visioconférence consacrée à la situation sociopolitique. Dans la foulée plusieurs sanctions ont été prises contre les mutins. Mais, quelle est la portée de cette décision ? La CEDEAO est-elle une communauté de chefs d’Etat ou des peuples ?

La CEDEAO demande le rétablissement d’IBK dans ses fonctions

Du Sénégal au Niger en passant par le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, les pays du bloc régional ont condamné le coup d’Etat au Mali. Les dirigeants de la CEDEAO qui se penchaient jeudi sur la situation au Mali ont jugé « grave » la situation trois jours après le coup d’Etat qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta.

« Nous allons engager des discussions avec les responsables de la junte militaire pour leur porter le message de notre communauté et leur faire comprendre que le temps des prises de pouvoirs par la force est révolu dans notre sous-région », a fait savoir le président en exercice de la conférence des chefs d’Etat, le Nigérien Mahamadou Issoufou. Il a promis travailler, de façon inclusive, avec tous les fils du Mali pour le « retour à l’ordre constitutionnel dans les meilleurs délais ».

Une délégation de la CEDEAO est donc au Mali à cet effet. Si pour l’heure, deux personnalités ont été libérées, IBK et d’autres sont toujours gardés.

Pour les chefs d’Etats de la CEDEAO, la situation du Mali ne mérite pas un coup d’Etat car c’est un trouble de l’ordre constitutionnel. Ceci risque d’aggraver les menaces sécuritaires dans la sous-région.

Pour mettre en œuvre leurs menaces, ils ont confirmé la fermeture de toutes les frontières terrestres et aériennes ainsi que l’arrêt de tous les flux et transactions économiques, financières et commerciales à l’exception des denrées de première nécessités, des médicaments, du carburant et de l’électricité entre les pays membres et le Mali. Les partenaires sont invités à faire de même pour obliger les putschistes à revenir sur leur décision et rétablir l’ordre constitutionnel.

« Le coup de force contre un Président démocratiquement élu constitue une violation du protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance. Nous l’avons fermement condamné », a déclaré jeudi le président Macky Sall.

Retour à l’ordre constitutionnel : entre la restauration de l’administration civile et le retour d’IBK

Il y une ambiguïté sur la notion du retour ou du respect de l’ordre constitutionnel. Certes, le coup de force contre un Président démocratiquement élu constitue une violation du protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance. Dans cette logique, les chefs d’Etats de la CEDEAO n’ont aucun choix que de condamner le coup d’Etat. Les sanctions prises contre la junte se justifient également.

Cependant, les chefs d’Etats de la CEDEAO savent pertinemment que le retour à l’ordre constitutionnel ne signifie pas nécessairement le retour au pouvoir d’un président déchu. Pire, IBK et ses proches ne sont pas encore libérés. Depuis la médiation, les diverses menaces de la CEDEAO ont été surmontées. La ligne rouge à ne pas franchir est aujourd’hui franchie.

Dans ces conditions, la CEDEAO semble refléter une communauté des chefs d’Etat que celle des peuples.

Au Mali, la population reste toujours dans la joie, celle de voir l’une de leurs exigences devenir une réalité : la démission de leur président IBK. Bref, l’ensemble de son gouvernement. Aujourd’hui, c’est chose faite même si ce n’est pas par la rue. Les Maliens pensent que tout chemin mène à Rome peu importe la distance à parcourir.

Si le putsch est condamnable, il faut aussi faire attention à la position de la France. Dès les premières heures de cette mutinerie, la première sortie de l’Elysée qui dit suivre de près la situation est un signal fort. Les militaires maliens auraient exécuté une décision bien mûrie et que l’ordre aurait été donné à certaines hiérarchies militaires du Mali de s’abstenir à toute contrattaque ? C’est ce qui était le cas puisque, l’inaction de la garde présidentielle illustre bien.

48 heures après les évènements du Mali, la France, dans un communiqué du ministère français de l’Europe et des affaires étrangères, dit se tenir « aux côtés du peuple malien ». Ce qui est contradictoire puisque, c’est le même peuple qui a fait bouger les lignes et que les présidents africains au sein de la CEDEAO ne veulent pas entendre.

Contrairement à la CEDEAO, la France sait très bien qu’il est impossible de rétablir IBK dans ses fonctions. Raison pour laquelle elle n’a demandé que sa libération et de celle de ses proches.

Si le coup d’Etat au Mali est survenu le 18 août 2020 sans aucun obstacle, des observateurs avisés pensent que c’est parce que la France a lâché IBK. Pour l’entourage du président IBK, la France, comme ce fut le cas en 2012 ou au Tchad à deux reprises, aurait pu intervenir pendant ce putsch.

Cette attitude de la France compromet les décisions de la CEDEAO. Pour l’heure, le retour d’IBK dans ces fonctions relèverait d’un mythe.

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