Coups d Etat au Mali : une crise de confiance nécessitant une thérapie de fond


Coups d Etat au Mali , une crise de confiance nécessitant une thérapie de fond
epaselect epa08611367 Malians cheer as Mali military enter the streets of Bamako, Mali, 18 August 2020. Local reports indicate Mali military have seized Mali President Ibrahim Boubakar Keïta in what appears to be a coup attempt. EPA/MOUSSA KALAPO (MaxPPP TagID: epalivefour964518.jpg) [Photo via MaxPPP]

Les coups d Etat au Mali se succèdent depuis l’indépendance du pays  le 22 septembre 1960. Quatre coups d Etat en tout à ce jour. Le premier a eu lieu en 1968 ; le deuxième en 1991 ; le troisième en 2012 ; puis un quatrième coup d’Etat en 2020. Le moins qu’on puisse dire est que le Mali a connu 60 années rythmées par des coups de force militaires, parfois soutenues par les populations.

L’été 1960, c’est la grande effervescence à Bamako, la capitale du Mali. Le pays s’apprête à retrouver sa souveraineté internationale, en mettant fin à plusieurs décennies de colonisation. Le 22 septembre 1960, Modibo Keita proclame l’indépendance du Mali, l’ex-soudan français. L’Etat fédéral se détache ainsi donc du Sénégal et devient libre. Alors que le pays amorce sa démocratisation, un coup de force majeur vient saper les ardeurs des Maliens.

Le 19 novembre 1968, a lieu le premier des quatre coups d Etat au Mali. Le Président Keita est renversé par des militaires. A leur tête, le lieutenant Moussa Traoré. Ce dernier dirige le pays d’une main de fer pendant 22 ans. Il instaure un climat délétère que ce soit sur le plan social, politique et économique. Pourtant, en venant au pouvoir, l’officier avait promis de redresser le Mali, pour l’amener vers un développement harmonieux. Au finish, c’est plutôt la haine qu’il a apportée, avec son lot de corolaires.

Moussa Traoré victime de ses propres turpitudes

Le règne de Moussa Traoré est marqué par la réduction drastique des libertés individuelles et fondamentales. Face à cette situation, les Maliens protestent vigoureusement en payant de lourdes conséquences. Le 22 mars 1991, le pays est ébranlé par des manifestations tout azimut. A Bamako, comme dans plusieurs villes du pays, les Maliens sont nombreux à descendre dans les rues pour réclamer le départ de Moussa Traoré. Le timonier fait recours à ses fidèles qui répriment dans le sang toutes les manifestations.

Pourtant, les Maliens restent debout afin d’en finir avec de longues années de terreurs . Ils obtiennent ainsi donc gain de cause le 26 mars 1991, lorsque des militaires viennent déposer Moussa Traoré. C’est donc la fin du régime autocrate. Ces militaires, qui ont chassé le dictateur, ont aussitôt pris le pouvoir. Le colonel Amani Toumani Touré (ATT) devient l’homme fort du pays, chargé d’organiser une transition. Les Maliens portent donc leur espoir sur ATT, présenté comme le Messie, venu les délivrer du joug dictatorial.

ATT renversé à son tour

Après un an de transition, le colonel ATT remet finalement le pouvoir à un civil élu en 1992. Alpha Oumar Konaré est à ce jour, souligne le politique Boubacar Bocoum, le seul à avoir terminé son mandat. En effet, le président Konaré a effectué deux mandats, sans être renversé. En 2002, ATT revient et gagne les élections présidentielles. Il devient donc le troisième président démocratiquement élu, depuis 1960. Bien sûr, nous tenons compte des présidents élus, dans un contexte démocratique reconnu et accepté. Moussa Traoré ne répondant pas à ce critère.

Ironie du sort, alors qu’il termine son deuxième mandat, ATT est lui-aussi victime de la tradition des coups d Etat au Mali, en 2012. Son bourreau est le capitaine Sanogo. C’est dans un contexte marqué par une crise sociale, sécuritaire et politique très profonde. Mais le capitaine Sonogo affiche tout de suite son intention de rester au pouvoir. Mis sous pression par la CEDEAO, il cède finalement, après un long bras de fer.

IBK, forcé à partir

Le Président Ibrahim Boubacar Keita arrive au pouvoir en 2013, à la suite d’une transition politique. Il effectue un premier mandat, puis débute un deuxième mandat en 2018. Mais sa gouvernance est marquée par la même situation qui a emporté ATT. Il s’agit de la crise sociale, sécuritaire et politique. D’ailleurs, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase se situe sur le plan politique avec les dernières élections législatives. Les résultats de ces élections ont été très contestés, entrainant des manifestations dans le pays pendant près de 5 mois.  Au finish, IBK est lui aussi renversé par un groupe de jeunes officiers, qui l’obligent à démissionner.

Le 18 septembre 2020, vers 2h du matin, ces officiers prennent le pouvoir et annonce la mise en place d’un comité. Il s’agit du comité national pour le salut du peuple (CNSP). Les militaires, après pression de la CEDEAO, viennent de désigner un président de transition. Il s’agit de l’ancien ministre de la Défense, Bah N’DAW. Le chef des putschistes, le colonel Assimi Goita, est nommé vice-président. Ces derniers doivent conduire la transition sur une période de 18 mois. Mais, vont-ils réussir à soigner les maux qui minent la société malienne ? C’est la grosse interrogation.

Eu égard à ce qui précède, il va sans dire que les germes des coups d Etat au Mali se trouvent dans les crises profondes qui secouent la société malienne. Le problème malien est beaucoup plus complexe. Il faut une thérapie de choc pour le résoudre. Dans le cas contraire, on ne serait pas à l’abri d’autres coups d Etat au Mali.

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