Affaire Bolloré : et si le Togo était la victime collatérale d’un règlement de comptes politico-judiciaire franco-français ?


Bolloré
Chairman of the Supervisory Board of French media group Vivendi Vincent Bollore attends a Vivendi group's general meeting on April 19, 2018 in Paris. (Photo by ERIC PIERMONT / AFP)

L’Affaire Bolloré fait sa résurrection. Le vendredi 26 février dernier, l’homme d’affaires et industriel français Vincent Bolloré a plaidé coupable devant le tribunal judiciaire de Paris, dans une affaire de « corruption ». Cette comparution est subséquente à l’enquête sur des concessions portuaires en Afrique de l’Ouest, notamment à Lomé au Togo, selon le quotidien Le Monde.

Cependant, l’affaire de corruption, sa procédure, les intervenants en l’occurrence la juge Isabelle Prévost-Desprez, l’actualité politico-judiciaire actuelle en France amènent les plus avisés aux interrogations lucides et intelligentes. En somme, une affaire constellée de curiosités.

Affaire Bolloré, de quoi s’agit-il exactement ?

Cette affaire remonte à l’année 2010. En effet, les juges d’instructions du pôle financier du tribunal de Paris soupçonnaient le groupe Bolloré d’avoir utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Havas afin de décrocher la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV.

Quelques mois après l’élection à la présidence d’Alpha Condé fin 2010, cette dernière a obtenu la gestion du port de Conakry. Elle avait, également, remporté la concession à Lomé peu avant la réélection de Faure Gnassingbé, en 2010, au Togo.

Ainsi, lors des perquisitions de 2016 au siège du groupe Bolloré, certains documents ont été retrouvés. Se servant particulièrement desdits documents, les magistrats soupçonnent Havas d’avoir sous-facturé ses services rendus aux deux candidats victorieux pour obtenir, en contrepartie, la gestion des concessions portuaires.

De ce fait, une juge du tribunal judiciaire de Paris a jugé « nécessaire » le 26 février dernier un procès contre M. Vincent Bolloré pour des faits notamment de corruption au Togo. Mais, elle a, dans la même procédure, validé une amende de 12 millions d’euros pour le groupe Bolloré, permettant ainsi la fin des poursuites contre la multinationale.

Malgré la validation de cette amende, la juge a refusé d’homologuer le « plaider coupable » de M. Bolloré, estimant que les peines étaient « inadaptées au regard » de la gravité des faits reprochés et considérant qu’il était « nécessaire qu’ils soient jugés » par un tribunal correctionnel. Les faits ont « gravement porté atteinte à l’ordre public économique » et « à la souveraineté du Togo », a-t-elle indiqué.

Bolloré,une juge et une procédure à curiosité

D’une manière générale, il s’agit d’une décision dans une affaire toujours pendante devant les juridictions qui plus est française.

La première curiosité vient du fait que la juge ait validé la convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) visant le groupe Bolloré, qui prévoit une amende de 12 millions d’euros, mais ait refusé au même moment le « plaider coupable » de M. Bolloré et de ses collaborateurs. Il appartient dans ces conditions au Groupe BOLLORE de décider si l’accord de CJIP devient définitif.

La deuxième est relative à la personnalité de la juge Isabelle Prévost-Desprez qui habituellement préside la chambre destinée à connaître les affaires de terrorisme ou de banditisme mérite d’être relevée. Selon le journal Libération, cette dernière a été mise en examen en 2012 à la suite de la plainte de Liliane Bettencourt pour violation du secret de l´instruction, renvoyée en correctionnelle puis relaxée en 2015.

Est-ce que l’affaire Bolloré représente une trouvaille voire une aubaine pour Isabelle Prévost-Desprez et Serge Tournaire en vue de poursuivre leur acharnement contre M. Sarkozy ? En tout cas, tout porte à croire. Car, leur parti pris dans les dossiers concernant l’ancien président français dont M. Bolloré est proche, a été souvent dénoncé par les avocats de celui-ci et relevé par certains observateurs de la vie politique française.

De ce qui précède et par voie de conséquence, le Togo n’est en rien concerné par cette affaire. Il est sans doute la victime collatérale d’un règlement de comptes politico-judiciaire franco-français. Quoi de plus normal que cette affaire, encore mieux ce règlement de comptes, n’appelle pas de commentaires particuliers des officiels togolais.0

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