Togo : 10 ans après l’accord RPT/UFC, qu’est ce qui a changé ?


accord RPT UFC

L’accord RPT UFC a dix ans. Alliance mythique, aux allures héroïques entre leaders charismatiques de deux partis politiques emblématiques longtemps restés rivaux, afin de regarder dans la même direction, pour un avenir meilleur du Togo. C’est ce qu’illustre apparemment l’accord RPT UFC qui a soufflé en douce le 26 mai 2020 sa dixième bougie. Un événement historique qui remémore encore au peuple togolais cet acte qui avait pour but de répondre aux défis de développement du pays, de garantir la cohésion nationale, le progrès économique et social, le tout dans une politique d’ouverture, de transparence et d’équité.

Dix ans déjà après la signature de ce pacte politique, les togolais continuent de s’interroger sur les apports ou le réel impact de cet accord dans leur quotidien. Qu’est ce qui a marché ? Qu’est ce qui n’a pas marché ? S’agit-il d’un statu quo ou d’une progression pour le citoyen togolais et les acteurs politiques ? La scène politique togolaise laisse entrevoir la réalité amère d’un idéal tant souhaité mais encore imperceptible.

l’accord RPT UFC, un changement encore peu palpable

Au vu de la mésentente, des discordes, du déficit démocratique qui caractérisait la scène politique togolaise, les acteurs politiques préoccupés par la situation du citoyen et conscients des enjeux et des défis, ont compris que seuls la négociation, le dialogue, l’entente peuvent concourir au développement du Togo. Ils étaient fortement persuadés que c’est seulement au travers d’un accord pouvant créer un environnement politique stable, un décollage économique et une alternance symbole de développement qui permettrait de vivre ensemble en étant libres ensembles. Pour se réconcilier comme le dit ce proverbe africain « On n’apporte pas un couteau qui tranche mais une aiguille qui coud». C’est fort de cela que le pacte du 26 mai 2010 a été un des sacrifices ultimes offert par les deux grands partis togolais (RPT/UFC) pour le bonheur de leurs citoyens.

D’un point de vue politique, cet accord RPT UFC a été la source de biens de changements louables et remarquables qui se sont fait sentir dans la vie quotidienne du togolais. Au rang de ces changements, cet accord a permis de décrisper les tensions et d’assainir plus ou moins l’atmosphère politique, de remettre à jour les relations internationales qui lient le Togo au reste du monde. Ainsi, s’est facilement opérée la reprise de la coopération avec nos principaux partenaires financiers ; une nouvelle gouvernance avec une forte tendance à être plus à l’écoute des besoins de sa population. C’est de cela qu’a découlé également des élections apaisées, libres et transparentes avec un fort taux de participation, aussi une évolution nette dans le respect ou la garantie des droits de l’homme et libertés fondamentales.

S’agissant de l’économie, de grandes avancées sont à mettre en exergue tout autant. Il s’agit entre autres de la réduction considérable de la dette du Togo de plus de 82 %. Cet accord a concouru à atteindre le pont d’achèvement de l’initiative PTTE avec brio. Faut signaler également l’accroissement significatif du budget du Togo de 426 milliards en 2010 à 1368 milliards en 2018 seulement 8 ans après l’ accord RPT UFC. Ainsi, le Togo est actuellement le 1er pays réformateur en Afrique et 3èm au monde.

Sur le plan social, la nouvelle dynamique résultant de cette convention signée entre ces deux partis a permis d’enterrer les éternelles méfiances, des vieux préjugés et des malentendus qui persistaient. Ce qui a sonné le glas des stratégies peu productives et amorcé le début des réflexions constructives des deux anciens partis « ennemis ».

Toutefois malgré les pas de géant observés, le bilan présenté n’est pas que positif. En effet, il montre de nombreux points d’ombres non négligeables. La population togolaise dans ses diverses couches vit quotidiennement une vie de précarité, c’est un fait. En d’autres termes, le fossé des insuffisances de l’accord RPT UFC reste encore béant. Une brève observation des réalités du Togo le prouve. C’est le cas du panier de la ménagère qui souffre de quoi nourrir sa petite famille. Il faut rappeler aussi la faiblesse du pouvoir d’achat du jeune travailleur, le taux de chômage grandissant qu’affronte la jeunesse, la pauvreté qui sévit dans les ménages et qui est de plus en plus croissante. Le système de santé est presque inexistant malgré la modernité et les efforts consentis. Le système éducatif n’est pas du reste, il demeure aussi inadapté et calqué sur des réalités autres que la nôtre.

En conséquence, la jeunesse se retrouve désemparée, le peuple, en général, attend toujours la miraculeuse délivrance issue de l’alternance, une alternance toujours invisible à l’horizon. L’accord au vu de tout ce qui précède s’apparente ainsi à une parade, une véritable poudre aux yeux, une funeste mascarade à laquelle seulement font partie certains acteurs de la vie togolaise.

Une roublardise impeccable après l’accord RPT UFC

La politique étant un véritable jeu de roulette russe, l’accord du 26 mai 2010 n’est pas resté sans incidence sur les parties contractantes. Il est intéressant de remarquer que le RPT-UNIR a su tirer son épingle du jeu tel un MIKADO tandis que l’UFC s’est mis le peuple tout entier à dos.

De ce fait, le RPT-UNIR, d’un côté, a été le plus grand bénéficiaire quant aux retombées de l’accord RPT UFC. Sur plusieurs plans, le parti a su tiré bien des avantages de la situation. En plus de la mutation qu’il a connue, devenant ainsi un parti jeune, dynamique et super organisé qui semble avoir une nouvelle vision ou philosophie avec pour cheval de bataille l’union, la réconciliation du peuple togolais, le parti a connu une meilleure cohésion, une plus grande mobilisation et restructuration en vue de s’adapter aux nouveaux défis qu’imposaient l’accord RPT UFC. Ceci a contribué également à renforcer et conforter leur position sur la scène politique face à l’opinion publique. Les membres de ce parti ont démontré qu’ils n’ont qu’un seul et unique but : le bonheur du citoyen togolais.

Le parti au palmier comme symbole (l’UFC), de son autre côté, ne peut affirmer avoir tiré tous les avantages qu’il escomptait de cet accord RPT UFC. Et la réalité démontre cette désillusion à foison sur plusieurs niveaux. Aujourd’hui plus que jamais, malgré ses nombreux efforts mis en place pour redresser la barre, il peine encore à jouir de résultats satisfaisants issus de l’accord RPT UFC. On peut observer déjà en son sein beaucoup de turbulences : l’UFC d’antan a disparu. Ce parti est à l’agonie et survit par assistance respiratoire et lutte irrémédiablement contre sa disparition de la scène politique togolaise.

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